Histoire
Autre avantage, la rivière Tomifobia qui serpente dans la ville et dont les chutes grondantes constituent encore un site impressionnant. La Tomifobia a donné naissance à certains des premiers moulins à eau dans les Cantons. En 1803, le Colonel Charles Kilborn construisit des moulins à grains et à scie à Rock Island, arrondissement qui fait aujourd'hui partie de la ville; pendant de nombreuses années, ce secteur fut connu sous le nom de Kilborn's Mills. La force du courant de la rivière a mû les premières roues à eau en ville; elle a fourni, avec les années, de l'énergie à un chapelet de manufactures partout dans le village. Ces ateliers qui fabriquaient de tout - fouets, salopettes et outils - ont transformé Rock Island en village industriel important. Ce dernier a connu des moments d'essor majeurs : le plein emploi régnait et les fortunes se bâtissaient. Bâtie à cheval sur la frontière, l'usine Butterfield Tool existe encore aujourd'hui; à son apogée, elle employait des centaines de travailleurs provenant des deux côtés de la frontière.
Quand les gens pensent à Stanstead, ils évoquent parfois seulement son granit local, le Gris de Stanstead. Cette pierre, extraite à Beebe et aux environs, a commencé à être exploitée sur une grande échelle seulement à la fin des années 1800. Son extraction et sa transformation ont connu une croissance constante et le granit, sur lequel la ville a été bâtie, devint la pierre angulaire de l'économie locale. Pendant la Grande Dépression des années 1930, c'est lui qui a permis à la ville de survivre : ainsi, le plus gros édifice dans l'Empire britannique, celui de la Sun Life à Montréal, était en construction et fut érigé entièrement avec le granit de Beebe! Aujourd'hui, le granit et l'industrie connexe continuent à employer des centaines de travailleurs. En fait, la ville est parfois nommée la «Capitale du granit du Canada.»
Il existe d'autres facteurs qui expliquent la prospérité de Stanstead. Longtemps avant que l'honneur ne revienne à Magog, Stanstead accueillait le siège du Conseil de comté. On y a construit un séminaire en 1829; devenu depuis le Stanstead College, une école privée réputée. Une seconde école privée, le Collège des Ursulines, établissement francophone, fut construit en 1881; il représenta également un pilier de la communauté, jusqu'à sa fermeture récente. Le Bureau de la publicité des droits (anciennement le Bureau d'enregistrement du cadastre) s'y établit en 1839 et y demeure encore à ce jour. Le Stanstead Journal dessert la communauté depuis 1845, ce qui lui vaut le titre de plus ancien journal hebdomadaire dans la province de Québec. La Eastern Townships Bank, l'une des premières banques dans les Cantons, a ouvert une succursale à Stanstead en 1859. Grâce à la croissance du commerce et de l'industrie, on vit aussi arriver le chemin de fer. En 1870, le sifflet de la locomotive à vapeur signala l'arrivée du Massawippi Valley Railway qui devint finalement le Quebec Central.
Tout ceci se déroulait il y a bien longtemps et les temps ont changé. La diligence a désormais disparu. Il en est de même du chemin de fer et de plusieurs usines. Cependant, de nombreux témoins nous rappellent encore le passé coloré de Stanstead et les signes de son avenir prometteur. Par exemple le chemin de fer appartient peut-être au passé mais les anciennes voies ferrées ont été transformées en une piste cyclable qui sillonne la ville. L'incendie dévastateur qui a anéanti le quartier nord de Dufferin en 1915 a sans doute modifié l'aspect de ce secteur de la ville, mais la plupart des maisons ont été rapidement reconstruites, certaines encore plus splendides que celles les précédant. L'industrie du granit fonctionne plus que jamais. Les rues Dufferin et Principale sont aussi belles qu'avant. Finalement, la frontière fait toujours partie intégrante de la vie locale — ainsi qu'en témoigne le festival annuel Frontières en fête.